top of page

Miroir, mon beau miroir

  • 14 avr. 2017
  • 3 min de lecture

Régimes, passages chez le coiffeur, parfois même chirurgie esthétique : pour attirer des électeurs, les candidats à l'élection présidentielle n'hésitent pas à user de leur image. La beauté est-elle un outil de séduction efficace dans la course à l'Elysée ? Que dit de notre société ce culte de l'apparence ? Décryptage.


Faut-il être beau pour réussir ? C’est ce que laisse à penser l’enquête menée par le sociologue Jean-François Amadieu dans Le Poids des apparence. Beauté, amour et gloire. S’intéressant au curriculum vitae de demandeurs d’emplois, il relève que les personnes obèses ou disgracieuses ont moins de chance de décrocher un entretien d’embauche. À l’école également, la beauté est favorisée. Une étude américaine a proposé à deux groupes d’enseignants de corriger les mêmes copies. Une photographie de chaque élève était fournie au second groupe. En comparant les notations, il s’est avéré qu’une copie était mieux notée lorsqu’elle était rédigée par un physique avantageux, tandis que les physiques ingrats faisaient baisser la note. Mais cette discrimination est bien souvent inconsciente. Elle provient de notre imaginaire collectif, qui apparente le beau au bien. La langue française confond d’ailleurs les deux termes : on peut en effet utiliser l’expression une belle personne pour vanter ou le physique ou les qualités morales de quelqu’un. Cette association ne date pas d’aujourd’hui puisqu’elle existait déjà à l’époque des philosophes grecs tels que Platon. C’est le kalos kagathos, qui signifie un homme “beau et bon”. La Grèce Antique attribuait en effet au corps athlétique des valeurs vertueuses.


Dans le cadre de cette article, une enquête a été réalisée pour connaître l’influence de l’apparence sur les intentions de vote. 232 personnes y ont répondu, en majorité des étudiants (59,5%). À la question “Quelle(s) notion(s) associez-vous à la beauté ?”, 30,6% des sondés répondent la confiance, 26,3% la sympathie et 24,6% le dynamisme. À l’inverse, la laideur est apparentée à la négligence (48,7%), la passivité (23,3%) et l’antipathie (11,2%).



Ainsi, l’être humain semble faire un lien entre le physique d’une personne et sa personnalité, ses qualités humaines. Cette hypothèse est confirmée par Marc-Alain Descamps, philosophe et psychologue, qui a analysé les stéréotypes liés aux morphologies humaines. Il apparaît que les hommes endomorphes (corpulents) sont considérés comme gentils, calmes mais également mous, tandis que les femmes endomorphes sont maternelles mais négligées et complexées. Pas étonnant, donc, que les aspirants à la présidentielle passent par la case régime, à l’instar de François Hollande qui a perdu une dizaine de kilos pour les élections de 2012.



Entre 2010 et 2012, François Hollande a perdu beaucoup de poid pour sa campagne présidentielle. Crédit : A. Bouirabdane (gauche) - Image officielle de campagne (droite)


Outre la personnalité, le physique d’une personne témoignerait de ses compétences et aptitudes. Dans Beauté, jugements et réussite, le docteur en sociologie Sébastien Haissat s’intéresse à des études menées dans le monde du travail. Elles révèlent que dans le cadre d’un recrutement, “les candidats qui se rapprochent de l’idéal de beauté en vigueur sont jugés plus performants car davantage susceptibles d’atteindre les objectifs donnés en raison d’une autonomie au travail plus importante. À ce titre, ils sont considérés comme plus à même de répondre aux exigences des postes proposés.” Inconsciemment, on associerait donc la beauté d’une personne à son potentiel. Dans le cadre d’une élection présidentielle, l’apparence peut alors avoir une influence sur le vote puisqu’à travers le physique des candidats, on imagine leur capacité à exercer la fonction de chef de l’État. Baptiste Zamaron, consultant en communication politique, a déjà travaillé sur plusieurs campagnes. Il confirme l’importance de l’image en politique. “Je pense que cela influence énormément le vote. J’ai déjà vu des personnes voter pour un candidat parce qu’elles le trouvaient beau ou bien habillé”. Le jeune homme voit un lien entre apparence physique et crédibilité. Mais pas que. “Dans le contexte actuel, les français ont besoin d’être rassurés. Et une belle gueule, ça rassure.”


Les politiques ont donc tout intérêt à travailler leur apparence, d’autant que dans notre société, correspondre aux critères de beauté peut s’apparenter à “une sorte d’obligation morale, autrement dit un « devoir de beauté »”. Le corps est constamment évalué par le regard de l’autre. Michel Foucault, philosophe, parle même d’une surveillance dans son livre Histoire de la sexualité. Contrôlés, jugés, les physiques se doivent d’être conformes aux normes sous peine de se voir attribuer des sanctions. Peut-on alors imaginer que, dans un contexte électoral, les candidats qui ne correspondent pas aux standards de beauté sont pénalisés en terme de votes ? Dans les résultats de l’enquête réalisée pour cet article, 30% des sondés répondent qu’ils ont déjà éliminé un prétendant à la présidentielle parce qu’ils le trouvaient négligé ou peu attirant. Pour la journaliste Dominique Gaulme, enfin, les politiques qui font attention à leur apparence montrent ainsi qu’ils "attachent de l’importance à l’opinion publique et prennent en compte ce que pensent les citoyens". Le principe d’une démocratie, donc.

Commentaires


Posts à l'affiche
Posts Récents
Archives
Rechercher par Tags
Retrouvez-nous
  • Facebook Basic Square
  • Twitter Basic Square
  • Google+ Basic Square

© 2023 by Jessica Priston. Proudly created with Wix.com

bottom of page